AURORE ASSO & NORD ESPACES : la passion du Grand Nord

Entretien avec Aurore Asso, championne française d’apnée, « très heureuse de porter les couleurs du drakkar viking de Nord Espaces ».

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Nord Espaces est partenaire de vos exploits depuis 2010. Voyager, est-ce pour vous une contrainte ou une opportunité ?

La plongée en apnée m’a amenée à voyager dans de nombreuses mers et océans : la mer Rouge, l’océan Indien à la Réunion, l’archipel d’Okinawa au Japon, la mer des Caraïbes au Yucatan, en Martinique et en Guadeloupe, les Antilles néerlandaises, la mer de Cortez en Basse-Californie du Sud, à Hawaï, mais aussi l’océan Arctique au Groenland. J’ai l’impression de découvrir le monde à partir de ses rivages et c’est pour moi un grand privilège. C’est pourquoi, en retour, je veux contribuer à la sensibilisation du grand public en vue de la conservation des milieux marins. Tous ces voyages ne m’ont jamais éloignée de « mer natale « , MARE NOSTRUM. J’aime Nice et la rade de Villefranche, j’aime sentir l’ampleur des saisons dans l’eau de mer et je me sens plus méditerranéenne que française :-) !

Vous avez réalisé en 2015 deux records mondiaux sous la banquise du Groenland. Pourquoi cette contrée est-elle chère à votre cœur ?

Les espaces du Grand Nord portent l’âme de Malaurie, Amundsen et de tant d’autres grands explorateurs… Une passion commune avec Nord Espaces… L’Arctique, c’est un peu la haute montagne au bord de la mer, c’est à dire tout ce que j’aime ! Avec le projet « Un souffle pour l’Arctique », je voulais explorer l’envers de la banquise pour témoigner de la beauté et de la fragilité de ce milieu.

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En quoi consiste l’appui de Nord Espaces ?

Nord Espaces me soutient financièrement depuis le début de mes aventures en apnée, pour  que je puisse vivre ma passion. Mais son appui ne se limite pas à cela.  Toute l’équipe est solidaire et de grande confiance : je peux parler très ouvertement de mes projets, mais aussi des doutes survenant parfois dans les phases de réalisation. J’ai la certitude que l’on y suit ma carrière sportive et professionnelle avec un regard à la fois bienveillant et porteur d’avenir.  Les encouragements – et parfois les mises en garde ! – de Nord Espaces ont toujours été des aides précieuses pour la réalisation de mes projets.

Votre agenda 2017-2018 est bien rempli.

Priorité cet hiver sur la mer de Ross, en Antarctique, qui est sans aucun doute une merveille du monde aquatique. Le 1er décembre 2017, le plus grand sanctuaire marin du monde y verra le jour : 1,55 millions de Km2 (plus de deux fois la superficie de la France), fréquentés par 16 000 espèces. La mer de Ross est l’un des derniers écosystèmes marins intacts de la planète, si isolée que les dégâts de la surpêche et de la pollution ne l’ont pas encore atteinte. Je vais tout faire pour trouver un bateau qui s’y rend cet hiver, embarquer avec ma combinaison et mon appareil photo. Je ne sais pas encore si j’arriverai à boucler le budget d’un tel voyage. Mais je vais procéder comme pour l’Arctique et comme le fit Amundsen pour son passage du Nord-Ouest : trouver un moyen de partir  et les financements suivront ! Mon but est de témoigner dans un magazine via un récit et des photos, ainsi que d’effectuer un repérage en vue d’y retourner, pour cette fois faire un documentaire. Je suis convaincue que pour sensibiliser le grand public à la protection de l’environnement marin, il ne faut pas seulement des constats alarmistes (même s’ils sont nécessaires). Il faut aussi, quand c’est possible et même si c’est très rare, des constats positifs, qui permettent de rassembler  l’opinion publique pour la préservation et/ou la restauration la biodiversité marine. La politique adoptée par les médias, parfois trop pessimiste, invite à baisser les bras. Il y a des endroits de la planète où la biodiversité marine est exceptionnelle ; il faut absolument braquer les jumelles sur ces sanctuaires pour montrer ce qu’il ne faut pas perdre (la mer de Ross par exemple) ou ce que l’on peut retrouver grâce à l’homme (cas de la réserve de Cabo Pulmo en Basse-Californie du Sud), avant de dire qu’on a tout perdu irrémédiablement. L’Antarctique intéresse beaucoup d’apnéistes…

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TCHOUKOTKA : L’HOMME QUI VENAIT DU FROID

Interview avec Evgueni Bassov, voyageur russe de la Tchoukotka, par Julia Snegur

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Pour son premier voyage en Europe, en France, Evgueni Bassov, voyageur écrivain russe de la Tchoukotka nous a fait découvrir un autre Nord, tout à l’est de la Russie.

Avec son sourire désarmant et ses yeux bleus, la peau bronzée par les vents polaires, gêné comme peut l’être un homme qui a parcouru à pied des milliers de kilomètres dans la toundra polaire et qui se retrouve pour la première fois en Europe, à Paris, sans parler un seul mot de français, voici Evgueni Bassov.

Historien et professeur d’école, devenu aventurier et écrivain… La vie n’est pas une ligne droite…

Nous terminons en France un cycle de 4 conférences – rencontres avec Evgueni Bassov qui nous a fait voyager dans le temps et dans l’espace, entre traditions et modernité, toujours plus à l’est, à travers toute la Tchoukotka, de la Kolyma jusqu’au détroit de Béring.

Avant son retour en Tchoukotka où l’hiver s’est déjà franchement installé, profitant des précieux rayons du soleil sur la terrasse du café parisien, tout juste à côté du restaurant PROCOPE où nous avons dîné à la veille (clin d’œil aux connaisseurs historiens) Evgueni Bassov répond à mes questions.

Après vos conférences, plusieurs personnes semblent intéressées par votre région. La question principale posée est celle du choix du voyage. Compte tenu de la superficie de la Tchoukotka quelle est la partie la plus intéressante ?

Les 4 sous-régions sont totalement différentes. En réalité, peu importe. L’essentiel c’est de comprendre que la Tchoukotka toute entière ne peut pas être perçue selon les schémas traditionnels du tourisme. Ce n’est pas une terre de curiosités touristiques mais celle des sensations curieuses. La Tchoukotka est une autre planète. La Tchoukotka est un état dans un état. Son hymne est le vent, son drapeau est le soleil, sa loi est celle de la toundra, sa devise sont les rapports humains.

Quand vous voyagez en dehors de la Tchoukotka qu’est-ce qui vous étonne le plus ?

J’ai grandi à Providenia, au bord de la mer de Béring où les vents sont constants et les tempêtes sont sévères. La vie a du mal à s’accrocher ici, il n’y a que les cailloux. Mon premier étonnement de gosse a été de découvrir la profusion et la taille des arbres. C’est extraordinaire, les arbres ! Depuis je ne cesse pas de m’émerveiller de cette création de la Nature.

Vous êtes souvent en vadrouille, parfois vos expéditions sont longues, voire dangereuses. Comment votre famille réagit face à vos absences ?

Ma réponse vous déplaira probablement mais il faut vivre en Tchoukotka pour déchiffrer certains codes… La vertu principale de la femme plus particulièrement en Tchoukotka est la patience. La femme attend toujours, l’homme part toujours… à la guerre, en expédition, au bania, au foot, à la pêche, dans la toundra, au diable ! L’homme a besoin de bouger, besoin de relever des défis. L’appel de l’extrême n’est pas une pose, c’est un désir inconscient de l’homme de survivre comme espèce… L’adrénaline est comme l’air pour un homme. L’homme est plus efficace dans les moments de stress, le traintrain lui ramollit la cervelle. Mais il part pour revenir et il revient toujours s’il est attendu. J’aime ma femme.

Certaines femmes ne seront pas d’accord avec vous ?

Heureusement ! Le monde a besoin d’exceptions, elles animent l’esprit critique. Les baroudeuses sont les bienvenues, homme ou femme, c’est l’esprit qui est important.

Je sais qu’il vous arrive de guider des groupes d’amateurs d’extrême. Qui sont-ils ?

Ce sont des hommes, avant tout. La virilité et la bravoure, pas toujours justifié d’ailleurs, fait partie de la civilisation russe depuis des siècles. Dans le monde d’aujourd’hui, l’homme à col blanc a besoin de se sentir homme. Et il n’y a que la Nature sauvage qui est capable de lui fournir la charge énergétique nécessaire. Ni la salle de sport, ni le jogging dans Central Park, rien ne replacera cette extraordinaire sensation de liberté. Sans parler de la leçon de vie et de la sagesse ancestrale qui vous pénètre par vos talons quand vous marchez dans la toundra. C’est une thérapie contre les obsessions perverses de la modernité. Dans la toundra on réapprend à se faire confiance, à s’écouter, à partager.

Est-ce que parmi vos périples, il y a des itinéraires qui sont accessibles aux personnes en bonne forme physiques sans être de grands sportifs ?

Bien sûr ! Il y a des itinéraires tout à fait accessibles à tous. Il y a des voyages qui sont principalement à caractère ethnographique, à la rencontre des Tchouktches éleveurs de rennes ou chasseurs des mammifères marins. Mais pour apprécier le voyage il faut accepter deux choses. D’abord, l’inconfort, puisque rien n’est fait ici pour le tourisme. Le tourisme en Tchoukotka est à l’état embryonnaire ; il se développe non pas « grâce à » mais « malgré tout ». Cette terre est encore à explorer ; apprécions cela à sa juste valeur. Deuxièmement, l’inconnu du timing. Nous sommes à la merci de la météo et l’aviation est le seul moyen de se déplacer à l’intérieur des terres en été. Il faut donc lâcher prise à l’avance, se détacher de ses attentes ou de ses impatiences et vivre le voyage tel que des forces qui nous sont bien supérieures le veulent bien. C’est certainement dur à accepter pour l’occidental vivant dans une grande ville moderne, mais c’est ça le voyage. A l’aventure donc !

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Vous avez aimé la France ?

                J’ai adoré, je reviendrai…

La Norvège des fjords, le temps d’un week-end

Par Laura,

C’est à Bergen, porte d’entrée des fjords de Norvège que mon voyage commence.

Dès mon arrivée et sous une pluie battante, je me rends au festival de la gastronomie et de la bière. J’en ai déjà l’eau à la bouche. La dégustation se fait sans plus attendre … et pour mon plus grand plaisir il y aura au menu : une soupe de renne, du saumon servi avec des tagliatelles de légumes, le tout accompagné d’une bière à la menthe. Un mélange très étonnant mais tellement délicieux.

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Je me sens à part entière Norvégienne et cette pause gastronomique m’a reboostée. Je suis enfin prête à découvrir tous les secrets de la capitale des fjords.

Mon tour panoramique de la ville débute par le site de Bryggen, un héritage laissé par les allemands et classé au patrimoine mondial de l’Unesco. J’y découvre l’un après l’autre un joli port, des bateaux, des maisons colorées en bois, une église et ses paroissiens, quelques statues de politiciens, des cafés au style art moderne, des étals de légumes, de fromages, de poissons … je me verrais bien d’ailleurs y faire quelques emplettes. Je suis éblouie et ce n’est pas le mauvais temps qui va entacher la merveille de ce quartier.

En entrant dans les bâtisses, une atmosphère étrange règne. La pluie tambourine sur les toits et j’ai soudainement comme une impression de flash-back : je me vois le temps de quelques secondes au XVIIIème siècle lorsque les allemands avaient pris leur quartier en ville, zone stratégique pour le commerce.

Après avoir déambulé dans les différentes ruelles de ce quartier étonnant, j’emprunte un escalier caché qui me mène devant le musée hanséatique. Schotstuene abrite les salles communes des marchands allemands qui travaillaient sur Bryggen entre 1360-1761. Dans ces salles, des repas chauds y étaient préparés, elles servaient aussi de salle de fêtes, de tribunal, d’école, et de paroisse.

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Mon guide nous propose de goûter une spécialité locale appelé « Gammelost ». Il s’agit d’un fromage brun, affiné en 30 jours, qui se déguste avec du pain et du beurre. Le Gammelost à des vertus miraculeuses… Malgré son goût très prononcé, je fais un effort car il aurait des vertus de jeunesse éternelle.

Je continue ma balade et en prenant un peu de hauteurs, je constate  un changement de décor. Les chemins escarpés laissent place à des maisons blanches d’où je peux sentir un doux parfum de roses rouges. Les rues sinueuses et pavées permettaient à l’époque aux chevaux un accès plus facile aux écuries. Je suis dans le vieux Bergen des années 1700. Il s’agissait des quartiers pauvres où les familles des allemands vivaient dans une seule pièce.

J’approche enfin du Fløibanen, le fameux téléphérique qui va me permettre d’avoir une vue imprenable sur Bergen. Je crois patienter pour une attraction à sensation forte tellement il y a de monde mais ce qui m’attends à l’arrivée vaut bien quelques minutes d’attente. Le voyage à bord dure une vingtaine de minutes avec un joli bruit de locomotive … Le chauffeur nous indique que nous sommes arrivés. J’ai hâte ! Malgré le brouillard qui me gâche un peu la vue, je suis ravie d’être sur le mont Fløien. Je me laisse à imaginer la belle Bergen par temps clair mais il est déjà temps de repartir.

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Cette première et intense journée en Norvège s’achève.

L’aventure se poursuivra le lendemain dans les fjords à bord du bateau en direction de Vik. J’embarque au petit matin pour une navigation sur les fjords. C’est un vrai plaisir que de me mettre à l’avant du bateau pour capturer de jolies photos. Je me régale. Je découvre les petites villes d’Alversung, Seim, Fonnes, Ånneland, Eivindvik, Leirvik i Sogn, Lavik, Bjordal, Kyrkjebø, Vik i Sogn,  et enfin Vik.

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Au fil des paysages que je découvre, je me laisse surprendre par l’inattendu : des chèvres broutant sur les toits des fermes, la sérénité  des fjords, tous si différent et pourtant si semblables, les petites maisons de bois s’accrochant aux parois des fjords …

C’est agréable de se laisser surprendre tout en étant zen. Des reliefs se succèdent à mesure où le bateau accélère. Le temps n’a pas d’importance, je reste sur le devant du bateau pour me souvenir de cette lumière.

Je m’arrête à Vik et visite l’église Hopperstad qui porte le nom de la noble famille qui a investie dans l’entretien de ce bâtiment. Les églises des petites communes environnantes portent d’ailleurs elles aussi le nom de leur riche donateur. Cette stavkirke est une église en bois typique dans le plus pur style norvégien, plus communément appelée église en bois debout. Elle est splendide.

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Je reprends la navigation après cette agréable pause à Vik. Notre prochaine escale sera Utne et la visite du musée Hardanger Folkemuseum qui se trouve à quelques mètres du port. Le musée retrace la vie culturelle et historique des norvégiens de l’époque. De nombreuses tenues typiques et instruments de musique sont exposés, car la musique tenait une place très importante dans la vie des Norvégiens. Elles servaient d’exutoires pour certains et un moyen de rente pour d’autres.

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Le séjour se termine déjà. Sur la route de l’aéroport, je découvre ma première cascade, Norheimsund. Je suis comme envoûtée face à tant de beauté.

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A ce moment précis, le temps s’arrête, un silence règne. Les frissons me parcourent le corps. Je suis heureuse. Moi – grande adepte des pays d’orient et du Sultanat d’Oman – je renonce à me cantonner dans le désert et préfère dès à présent explorer les montagnes enneigées.

 

TCHOUKOTKA, le froid qui réchauffe

Par Julia Snegur / Souvenirs de mon voyage d’exploration et de repérage en Tchoukotka (ou Chukotka en anglais)

Le voyage nous fait et nous défait, il nous invente…

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Depuis trois jours, nous parcourrons en motoneige l’immensité de la Tchoukotka, laissant quotidiennement derrière nous plus de 300 km de lacs et rivières gelés, toundra glacée et montages enneigées. La température a beaucoup baissé depuis notre départ et nos combinaisons ne nous protègent plus suffisamment du froid, amplifié par la vitesse. Nous sommes ainsi contraints de faire les derniers kilomètres dans les véhicules de soutien logistique, d’anciens engins militaires à chenilles. Il y fait chaud et l’odeur d’essence nous importune à peine, car avec le temps nous avons pris conscience que nos vies dépendent de la fiabilité des mécaniques dans le froid extrême. De petites fenêtres permettent d’observer le paysage. Comme le feu qui attire et retient le regard, le grand blanc suscite en nous les pensées les plus intimes et contradictoires.

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Les chenilles épousent fidèlement le relief et l’on pourrait se croire en mer. Il est impossible de lire : trop de secousses et de bruit, pas assez de lumière. Les conversations s’essoufflent rapidement, reprenant après des pauses de plus en plus longues, pendant lesquelles les citadins pressés que nous sommes se retrouvent projetés dans un temps sans obligation ni distraction. Sans téléphone, écouteur ou autre gadget, avec le souci de préserver les batteries de nos appareil-photos… De nature impatiente et exigeante, nous apprenons à apprivoiser sans plainte le temps qui passe. Quelle sera la durée de notre enfermement ? Question vaine, quand une précieuse bulle de chaleur vogue sur un océan blanc en soulevant un nuage de poudreuse. Certaines questions existentielles se posent alors tout naturellement. Un monde intérieur perce sous la gangue de rationalité, la recherche de sens ne se satisfaisant plus de réponses simples.

Le coucher du soleil rosit subtilement la neige, avant que les ténèbres ne fassent définitivement un sort au bleu du ciel et à la blancheur éclatante, nous trouvant toujours en mouvement dans la toundra. C’est bien tard que nous arrivons au campement des Tchouktches. Pour garder la chaleur, les nomades de la Tchoukotka dorment à plusieurs dans un polog, tente en peau de rennes où l’on ne peut pas se tenir debout, montée à l’intérieur d’une grande tente ou iaranga. Nous nous retrouvons à six sur la même couche : un Suisse, deux Allemands, une Russe, une Française et une Anglaise ! Il nous est vite difficile d’étouffer un fou rire… La température extérieure est d’environ moins 30°C et les Tchouktches nous conseillent d’enlever nos encombrantes combinaisons, inutiles selon eux… Surréaliste mais vrai. Après trente minutes de vaines tentatives pour glisser dans le sommeil, nouvel éclat de rire général. Fatiguée, je m’endors enfin, petit pois dans sa cosse.

Réveillée au milieu de la nuit, il me faut quelques secondes pour me rappeler être au bout du monde, au milieu de nulle part. Dehors il fait probablement moins 40°C. J’ai chaud et n’arrive pas à bouger tellement nous sommes serrés les uns aux autres. J’écoute la respiration de mes camarades. Les bougies de graisse offrent un superbe jeu d’ombres sur les parois du polog, où des monstres culs-de-jatte aux grands bras fouillent le sol. Je ne vis qu’au présent, dans un état de semi-conscience, grain de poussière dans une immensité indéfinie. A un moment, je sens le corps de mon voisin se tendre. Nous ne pouvons changer de position que de façon synchronisée, ce que nous réussissons intuitivement à faire… pour nous retrouver l’un contre l’autre. Je crois deviner son sourire dans l’obscurité. L’air dans le polog est lourd et chaud, mais l’enfouissement sous les peaux de rennes a quelque chose d’agréable. A des milliers de kilomètres de chez moi, au milieu de la toundra, je crois saisir ce que « lâcher prise » veut dire… Jusqu’à ce que le silence soit rompu par un hurlement digne d’un loup, qui me fait frémir. Mon voisin prend ma main pour me rassurer, comme mon ami d’enfance, Igor, l’avait fait lors d’un orage quand nous avions 6 ans. Tant de choses sont naturelles pour les enfants…

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Le matin, nous sommes réveillés par des voix venant de l’extérieur. Quand je soulève la peau de renne à l’entrée du polog, l’air chaud m’enveloppe d’un nuage de vapeur en s’échappant. La lumière m’aveugle un instant. La température à l’intérieur de la iaranga est supérieure à 20°C ; il fait moins 35°C dehors. Au réveil, tout le monde cherche ses affaires : bonnets, gants, bottes et appareils-photos. Je suis finalement la dernière à m’extraire du polog, car l’une de mes bottes manque à l’appel ! Alors que les bougies lancent leurs derniers feux, je tâte longtemps le sol sans succès, avant de me concentrer sur le périmètre de la structure. Je la retrouve enfin, éjectée vers l’extérieur, à moitié dehors toute la nuit. Quand je l’enfile, l’un de mes pieds a vraiment motif à jalouser l’autre ! Dehors, je croise le regard complice de mon voisin de polog, qui me sourit comme si nous partagions un secret, exactement comme Igor en son temps. Il est temps pour nous de rentrer, riches du souvenir partagé d’un hurlement nocturne au milieu du désert blanc. Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage…

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LES RÊVES DE SYLAE

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Nord Espaces vous invite à faire connaissance avec Sylaé, personnage imaginaire de l’artiste peintre Sylvie BOUTEILLER.

Sylaé est le symbole d’une imagination riche, vive, pleine d’humanité et de tendresse : elle voyage et vagabonde à travers le Nord à la rencontre des animaux du froid : ours polaires, rennes, cerfs, chiens, renards… Inspirée par ses voyages nordiques, Sylvie BOUTEILLER vous fait partager les rêves de Sylaé à travers ses toiles et son livre LES RÊVES DE SYLAE.

Ce livre est édité à partir des toiles (acrylique) réalisées par Sylvie Bouteiller et accompagné  d’un petit texte. De ce fait, les images ne ressemblent à aucun autre livre. Les photos de toiles font apparaître un grain particulier qui participe d’une certaine manière à rendre l’image plus réaliste avec un effet de 3D et appelle à  la toucher.

Des paysages du grand blanc, des « nounours » polaires, un chien husky Sköll et Sylaé elle-même avec ses yeux verts ouverts sur le monde, joli minois entouré des fourrures, celle qui rêve les yeux grand ouverts… voilà l’univers peint par Sylvie Bouteiller.

Ces toiles sont vendues dans certains magasins d’Annecy, de Megève, et même à Flarken en Suède.

Il est possible également d’effectuer une commande sur internet

www.lesrevesdesylae.com

et même de visiter (sur RV) le Chalet de Sylaé pour choisir votre toile ou commander.

Soyons Sylaé et regardons le monde avec les yeux d’enfant, au moins durant l’instant que vous tournez les pages du livre LES RÊVES DE SYLAE.

Peut-être un joli cadeau de Noël pour un petit bout de chou . Il n’est jamais trop tôt pour l’Art.

A ne pas manquer le rendez-vous avec Sylaé Samedi 10 et dimanche 11 décembre 2016 au Salon « Talents de femmes » par le Soroptimist International à ROUEN (Halles aux toiles)

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FILM L’ATTRAPE-RÊVES DE CLAUDIA LLOSA

CASTING : Mélanie Laurent – Jennifer Connelly – Cillian Murphy

Par Julia Snegur

Tourné entièrement au Canada dans la région de Winnipeg – l’action se passe au Nunavut – , présenté au festival cinématographique Berlinale en 2014, le film Aloft (version française L’Attrape-Rêves) mais ne sort sur les écrans français que le 26 octobre 2016.

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Incompris des critiques, ce film d’auteur n’est pourtant pas décalé avec le titre de 7ème art attribué au cinéma par l’un des pionniers de la critique cinématographique.

L’art est un sujet qui intéresse les philosophes, comme Hegel : « D’une façon générale, le but de l’art consiste à rendre accessible à l’intuition ce qui existe dans l’esprit humain, la vérité que l’homme abrite dans son esprit, ce qui remue la poitrine humaine et agite l’esprit humain. […] C’est ainsi que l’art renseigne l’homme sur l’humain, éveille des sentiments endormis, nous met en présence des vrais intérêts de l’esprit…»

L’Attrape-rêves n’est pas un film grand public malgré des images magnifiques du nord canadien : les grands espaces glacés sont magnifiquement bien rendus mais peuvent laisser sur leur faim ceux qui s’attendent à un beau livre d’images ; le côté esthétique cède à l’austérité du Grand Nord. La nuit polaire ne nous fait pas admirer l’aurore boréale mais fait sentir la peur et le froid. La Nature n’essaye pas de nous plaire, ni de nous émerveiller en nous invitant à un « tourisme polaire » ;  elle ne fait qu’exister dans toute sa réalité et sa supériorité sur les humains. La force mystérieuse de la Nature – et plus généralement celle de la vie – réside dans une dimension supérieure, inatteignable, que nous ne pouvons pas posséder, ni comprendre. Ne faut-il pas l’accepter humblement ?

Malgré son approche philosophique sur les questions existentielles humaines, L’Attrape Rêves de Claudia Llosa n’est pas un film contemplatif comme le furent certains films scandinaves mais il reste incontestablement exigeant et n’a rien du blockbuster ; ceci dit, ce film n’apporte aucune réponse certaine mais pose des questions essentielles, nous demande un temps de réflexion et de recherche personnelle.

Pour se faire apprécier l’œuvre exige beaucoup d’attention et de concentration, un peu de labeur et une certaine sensibilité en fonction du degré de notre « spiritualité », de nos expériences de vie, de nos approches de la douleur, de la beauté …

Quelques citations tirées du film qui vous parlerons ou pas…comme on peut aimer ou pas une œuvre d’art…

« C’est notre obsession de la santé physique parfois au détriment de celle de l’âme »

« La douleur est inévitable »

« On veut toujours tout posséder. Mais ça nous détruit »

« On demande que l’amour de l’univers entier soit expliqué, examiné pour nous, tandis que c’est à chacun de faire ce travail »

« Le bien-être exige l’acceptation de l’incertitude… « 

Les symboles sont nombreux mais chacun les interprètera ; les espaces immenses, l’oiseau, la quête de l’enfance et la relation à l’autre ; la définition de ce qui est essentiel à la vie humaine …

La réalisatrice a expliqué son propre cheminement créatif :

« Je suis obsédée par les environnements hostiles, les espaces désolés, en marge des grandes villes et de la modernité. Ces paysages sauvages et oppressants nous conditionnent et en même temps, nous maintiennent en vie. Ce sont de possibles métaphores de la dureté et de la beauté de l’existence ».

Je pense après avoir vu ce film qu’il faut encourager celles et ceux qui portent un regard sensible et humain sur la vie, sur le cheminement que nous faisons dans notre existence et notre quête de sens, à aller le voir.

Enfin, le choix du Grand Nord canadien n’est pas non plus innocent ; face aux grandes étendues, à la volonté de retrouver le nord, le sens, face à la beauté austère, dépouillée mais puissamment fascinante, le symbole est évident. On va vers le Nord pour se retrouver, pour se questionner, pour respirer l’essentiel.

la bande-annonce du film : https://vimeo.com/184686266